
Les biologistes
et les psychologues sont d'accord: le
comportement humain, comme celui de l'animal et
même du végétal si tant est que celui-ci puisse
adopter un comportement est toujours dicté par
ce qu'il perçoit comme son intérêt.
Il existe
une infinité de perceptions subjectives de la
notion d'intérêt. On voit ainsi souvent des
enfants ou des adultes agir en sens contraire de
leur intérêt objectif mais toujours pour des
raisons qui rejoignent une autre forme
d'intérêt.
Par exemple, un enfant peut chercher
à se faire punir pour qu'on s'occupe enfin de
lui ou pour évacuer un sentiment de culpabilité.
Un adulte aussi peut agir de la sorte ou pour
gagner son ciel, pour échapper à une angoisse,
pour valoriser son image ou attirer la
sympathie. Certains aussi visent leur intérêt
immédiat, d'autres leur intérêt à long terme.
Mais le plus grand commun dénominateur de
l'intérêt réside objectivement dans le pouvoir
d'achat parce que c'est tout simplement une
condition de survie pour les uns, une assurance
de sécurité pour les autres et pour tous la
garantie de pouvoir faire face à ses besoins.
Le
système capitaliste puise sa force dans cette
approche objective de l'intérêt individuel. Dans
la lutte pour la vie qu'il déclenche, il y a
forcément des gagnants et des perdants mais ces
derniers eux-mêmes renforcent le système tantôt
par souci d'économie, tantôt par opportunisme.
Les travailleurs du Tiers-Monde sont exploités
mais ils préfèrent un travail mal payé à pas de
travail du tout.
Un monde à deux vitesses s'est
ainsi enclenché: l'économie basée sur la
recherche du profit a exploité à fond l'intérêt
objectif de chaque individu tandis que le monde
associatif, s'inquiétant des conséquences du
système, ne pouvait faire appel qu'aux intérêts
subjectifs.
C'est pourquoi la fracture sociale
s'est aggravée sans cesse. C'est pourquoi, en
réponse à cette aggravation, d'autres phénomènes
sont apparus comme l'immigration clandestine, la
pollution, la criminalité croissante.
L'opinion
publique sait que 4/5 de l'humanité vivent dans
des conditions précaires, que les guerres
déclenchées pour des raisons d'intérêt, jettent
dans des camps de fortune des centaines de
milliers de réfugiés, que chaque jour, 25.000
enfants meurent de faim dans d'atroces
souffrances car la mort est longue à venir, elle
est précédée de la perte de la vue et de
l'atrophie des organes.
Il eût sans doute été
plus humain de les précipiter dans le vide du
haut du World Trade Center et plus logique aussi
puisque c'est précisément leur manque de pouvoir
d'achat qui entraîne leur éjection d'un monde
marchand construit par et pour les "gagnants"!
Mais en même temps, l'opinion se donne bonne
conscience: la Croix Rouge, le Croissant rouge,
Médecins du Monde, Médecins sans frontières et
des tas d'autres ONG s'en occupent! Les ONG s'en
occupaient déjà à l'époque de ma jeunesse et
depuis, non, non, rien n'a changé! Tout a
continué! 35 ans plus tard, le mal s'est aggravé
et s'est même propagé jusqu'à l'intérieur des
pays riches.
Le système mis en place par le Club
Robin est le premier essai pour mettre l'intérêt
objectif de tous les secteurs de toutes les
populations au service des victimes du système
capitaliste. Ce n'est pas la mise en oeuve du
projet de société du robin car celui-ci
réclamerait une volonté politique à l'échelle
mondiale mais c'est un moyen terme, compatible
avec les législations en vigueur, qui ne réclame
au départ que l'adhésion des ONG, en principe
les plus motivées à faire évoluer les choses.
Nos lois puniraient le fou ou le criminel qui
aurait lancé des enfants moribonds du haut du
WTC sous prétexte qu'ils n'ont pas de quoi
s'acheter un parachute. Pourquoi ne
punissent-elles pas les défenseurs d'un système
qui plonge des millions d'enfants dans une
agonie beaucoup plus longue et atroce sous
prétexte qu'ils n'ont pas de quoi s'acheter de
la nourriture? Serait-ce moins fou, moins
criminel?
Le Club Robin veut se substituer au
défaut de pouvoir d'achat de ces enfants, de
leur famille, de tous les pauvres angoissés par
l'incertitude pesant sur leur lendemain et il a
imaginé un système qui, sans nuire à personne,
motivera les comportements adéquats à la
résolution de leur problème. Ne serait-il pas
fou? Ne serait-il pas criminel de faire échouer
cette idée?
